
L’histoire du fromage cheddar au Québec
Un héritage plus riche qu’on l’imagine
L’histoire du fromage cheddar au Québec — Quand on pense au Québec et au fromage, on imagine spontanément le fromage en grains qui fait « couic-couic », la poutine fumante ou les fromages fins qui brillent dans les vitrines des fromageries. Mais bien avant que le fromage en grains devienne une icône gourmande, le cheddar — dans ses formes les plus traditionnelles — avait déjà commencé à façonner notre paysage culinaire. Et son histoire au Québec est bien plus surprenante qu’on pourrait le croire.

Crédit photo: Marie-Josée Marcotte pour Plaisirs Gourmets
Des origines anglaises aux rives du Saint‑Laurent
Le cheddar naît dans le village de Cheddar, dans le Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre, où l’on affinait autrefois les meules dans des grottes naturelles dont la fraîcheur et l’humidité offraient des conditions idéales pour l’affinage. Robuste, facile à transporter et à conserver, le fromage cheddar devient rapidement un pilier de l’alimentation britannique.
S’il traverse ensuite l’Atlantique pour s’implanter au Québec, c’est en grande partie en raison de la conquête britannique. Après 1760, les habitudes alimentaires évoluent, les techniques fromagères se transforment et le cheddar commence à se faire une place dans la colonie. L’arrivée des loyalistes (ces colons restés fidèles à la Couronne britannique), à la fin du 18ᵉ siècle, accélère le mouvement : ils apportent leurs méthodes, leurs recettes et un attachement profond à ce fromage emblématique.
Et que dire des Irlandais ? Sans leur présence marquante au Québec, le cheddar que nous connaissons aujourd’hui n’aurait sans doute pas la même place dans notre culture gourmande.
Le 19ᵉ siècle : l’âge d’or des fromageries québécoises
Au milieu du 19ᵉ siècle, le Québec devient véritablement une terre de fromageries. On en compte plus de 1 200 à travers la province, et la grande majorité produisent du cheddar, alors le fromage dominant en Amérique du Nord.
Pourquoi un tel engouement ?
- Le lait abonde dans les campagnes.
- Le cheddar se transporte bien.
- Il se vend facilement, ici comme à l’exportation.
- Et surtout : son goût plaît à tout le monde.
À la même époque, la demande britannique explose. L’Angleterre consomme énormément de cheddar et peine à suffire à sa propre demande. Le blocus napoléonien ayant limité les importations européennes, les colonies deviennent des fournisseurs stratégiques. Dès les années 1860, les premières fromageries commerciales ouvrent au Québec et en Ontario, souvent une par village.
En 1885, l’école de fromagerie de Saint‑Denis‑de‑la-Bouteillerie voit le jour pour former des artisans qualifiés. C’est aussi à cette période qu’apparaît le fromage en grains. À peine né, ce cheddar tout jeune va changer la donne et redéfinir pour toujours le paysage fromager québécois.
Saint‑Prime : le village qui a mis le cheddar québécois sur la carte
Impossible d’évoquer l’histoire du cheddar au Québec sans parler de Saint‑Prime, au Lac‑Saint‑Jean. C’est là que la famille Perron fonde, en 1895, une fromagerie appelée à devenir une véritable institution. Leur cheddar vieilli acquiert une réputation enviable et devient un symbole du savoir‑faire québécois. L’ancienne fromagerie Perron, l’une des rares survivantes de l’âge d’or du 19ᵉ siècle, possède aujourd’hui une valeur patrimoniale majeure et témoigne de l’évolution des techniques fromagères rurales.
Son importance est telle — elle est considérée comme la plus ancienne fromagerie commerciale du Québec — qu’on y trouve désormais Le musée de la Vieille fromagerie Perron, consacré à l’histoire de la fromagerie et à la production artisanale d’autrefois. Un lieu unique pour plonger dans l’univers du cheddar québécois… et un arrêt incontournable pour tout amateur de fromage ou de patrimoine gourmand.
La poutine : quand le cheddar jeune devient la vedette
Depuis l’essor des micro‑fromageries, le Québec s’est enrichi d’une foule de fromages fins qui mettent en valeur le savoir‑faire artisanal et le terroir. Au cœur de cette histoire, le cheddar occupe une place essentielle. C’est d’ailleurs à partir de ce cheddar tout jeune — caillé, salé et vendu ultra frais — qu’est né le fameux fromage en grains (ou fromage en crotte). Ce petit morceau élastique, aux mille et une onomatopées irrésistibles, n’est rien d’autre qu’un cheddar avant l’affinage.
Dès les années 1960 — et probablement quelque part dans la région des Bois‑Francs — la poutine le propulse au rang de vedette nationale. Sa fraîcheur obligatoire, sa texture et son goût uniques en font un emblème du Québec — et désormais du Canada — ainsi qu’une des plus belles expressions de notre tradition fromagère.

Les signatures régionales du cheddar en Amérique du Nord
Aujourd’hui, le cheddar forme un vaste paysage nord‑américain où chaque région impose sa signature. Aux États‑Unis, on retrouve plusieurs styles : le New York–style cheddar plus affirmé, le Colby/Longhorn plus doux, et le cheddar blanc souvent appelé cheddar du Vermont. Cet État s’est d’ailleurs taillé une réputation enviable chez nos voisins du Sud grâce à des producteurs phares réunis en coopératives comme Cabot Creamery, dont l’impressionnante sélection de cheddars vieillis (Seriously Sharp, Extra Sharp, Cheddar Vintage Choice ou Private Stock Cheddar Cheese) et de cheddars aromatisés (Horseradish, Habanero, Garlic & Herb ou Everything Bagel) fait aujourd’hui figure de référence.
Au Canada, le cheddar occupe toujours une place centrale. Introduit au XIXᵉ siècle pour alimenter le marché britannique, il s’est rapidement enraciné dans les habitudes locales. On y distingue les cheddars doux, moyens ou forts selon leur vieillissement. Le doux se décline en versions « jaune » ou « blanc », tandis que les cheddars vieillis sont généralement blancs. Le cheddar doux est conservé pendant trois mois, le cheddar moyen, pendant quatre à neuf mois, et le cheddar fort (fort et extra-fort), de neuf mois à quelques années.
Célébrer le cheddar d’ici, aujourd’hui et demain
À la croisée des traditions et de l’innovation, le cheddar continue d’évoluer — et le Québec y joue un rôle de premier plan. En ce sens, 1001 Fondues affirme haut et fort sa fierté de célébrer le cheddar d’ici et, plus largement, son engagement envers les fromages du Québec. Continuons de cultiver le bonheur facile, un cheddar à la fois…